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Un peu d’histoire

De la transe au magnétisme

Le magnétisme animal

L'hypnotisme

L'hypnose

Nouvelle hypnose et hypnose ericksonienne

Avenir

Points de repères

L’hypnose, un mot qui aujourd’hui encore, malgré les avancées et la diffusion de cette pratique, fascine et interroge. Certes, le rapport de l’Inserm 2015 a légitimé la pratique de l’hypnose dans quelques indications comme l’anesthésie en per-opératoire ou la colopathie fonctionnelle, mais il reste encore beaucoup à faire pour que l’hypnose puisse prendre la place qu’elle peut et devrait occuper pour le plus grand bénéfice des patients, des soignants et des systèmes de santé.
Il est possible de distinguer quatre étapes dans l’histoire de l’hypnose, chacune étant associée à un nom spécifique  : de la transe au magnétisme, du magnétisme à l’hypnotisme et l’hypnotisme à l’hypnose, de l’hypnose à la nouvelle hypnose ou à l’hypnose éricksonienne.

Première étape : de la transe au magnétisme

De l’aube de l’humanité au milieu du XVIII siècle, différentes cultures utilisaient des pratiques similaires à l’hypnose, bien que le terme n’ait pas été encore forgé. Dans cette première période et avec des formes diverses, shamans, prêtres et médecins induisent des états modifiés de conscience souvent inférés par des rituels, des danses, des pratiques spirituelles en utilisant les bienfaits de la parole et de la transe. Ces pratiques sans être totalement superposables permettaient le soulagement des souffrances humaines.
Le point commun reliant ces pratiques réside dans l’explication donnée pour justifier leurs modalités, à savoir une explication irrationnelle et surnaturelle impliquant les esprits, les forces de la nature ou les dieux.

Deuxième étape : le magnétisme animal

Le grand mérite du médecin viennois Franz-Anton Mesmer (1734-1815) a été de proposer une théorie qui ne fait plus appel à des forces surnaturelles, mais à des processus physiques naturels.
Selon lui, un fluide universel entravé est à l’origine des maladies, et la puissance du magnétiseur peut rétablir sa circulation par différentes méthodes.
Cette révolution théorique opère un changement de paradigme. Elle intervient au siècle des Lumières, à une époque où les esprits étaient préparés à une nouvelle explication scientifique, à la suite des découvertes de Newton (1642-1727) et de la force gravitationnelle, mais aussi des expériences des frères Montgolfier, s’élevant avec leur ballon dans les airs par la seule force de la poussée d’Archimède, ou encore les débuts de l’électricité, auquel s’ajoute la connaissance de la force magnétique connue depuis l’antiquité.
Toutes ces forces invisibles, bien que naturelles, étaient désormais acceptées et ne relevaient plus du surnaturel.

Troisième étape : l’hypnotisme

Malgré la révolution théorique proposée par Mesmer, le succès du magnétisme fut de courte durée.
Si la théorie de Mesmer propose une explication rationnelle et scientifique des phénomènes survenant pendant les séances de magnétisme, elle se soumet par là même à la critique de la science et à sa rigueur méthodologique.
Une commission royale, nommée par le roi Louis XVI et présidée par le savant Benjamin Franklin, a soumis les affirmations de Mesmer à un véritable audit qui a conclu que des résultats et des guérisons incontestables avaient bien lieu à la suite des interventions magnétiques, mais que ceux-ci n’étaient en aucun cas la conséquence du fluide magnétique, mais plutôt de l’imagination.

Cette conclusion a entrainé le rejet de magnétisme dans les cercles officiels et médicaux. Les médecins se détournèrent de cette voie.
Cependant, quelques fortes personnalités, n’appartenant pas au corps médical continuèrent à utiliser le magnétisme, tel le marquis de Puységur (1751-1825) et plus tard l’Abbé de Faria (1756-1819), ou dans un autre domaine les hypnotiseurs de spectacles notamment au XIX siècle.
Certains médecins, déterminés à contrecarrer les affirmations des hypnotiseurs de spectacles, assisteront à leurs représentations pour ressortir convaincus que « quelque chose se passait » et pouvait être bénéfique à la pratique médicale.

Ce fut le cas du médecin écossais James Braid (1795-1860) qui assista avec beaucoup de scepticisme au spectacle du célèbre magnétiseur Charles Lafontaine (1803-1892). Braid mena de nombreuses expériences avec des patients et les résultats obtenus le convainquirent de l’intérêt de ce qu’il découvrit.
La nouvelle théorie de Braid exclut tout lien avec le fluide magnétique et souligne l’aspect strictement physiologique des effets obtenus auprès des patients, en relation avec une modification de la tension musculaire par la fixation de l’attention sur un objet. Cela conduit le sujet à un état proche du sommeil qu’il nomma « sommeil nerveux ».
Braid réalisant que l’état qu’il met en évidence était en fait bien diffèrent du sommeil, proposera de nommer son approche « monoïdéisme ». Ce nouveau nom lui permettait de se démarquer des hypnotiseurs de foire, mais aussi du courant Imaginationniste. Mais c’est le terme d’hypnotisme, proposé par le baron Hénin de Cuvilliers (1755-1841) qui sera consacré par le grand public et le public médical.

Quatrième étape : l’hypnose

C’est avec le Professeur Charcot (1825-1893) que l’hypnotisme retrouve une crédibilité au sein des milieux médicaux et académiques. Le prestige du Professeur Charcot a largement contribué au renouveau de l’hypnose. Sa communication à l’académie des Sciences le 13 février 1882 restera fameuse dans l’histoire de l’hypnose considérée depuis la commission Franklin comme dénuée d’intérêt voire relevant du charlatanisme. Grâce à son immense prestige, l’hypnose fut à nouveau utilisée en clinique et devint un objet légitime de recherche.

Charcot pensait que l’hypnose était réservée aux patients hystériques, ce qui n’était pas le cas du professeur Hippolyte Bernheim (1840-1919). Bernheim et ce qui fut appelé l’école de Nancy considérait que chaque individu, en l’absence de tout caractère pathologique, était susceptible de réagir à l’hypnose et que les effets étaient essentiellement le fait de la suggestion. Bernheim allant même jusqu’à indiquer « il n’y a pas d’hypnotisme, il n’y a que de la suggestion». L’hypnotisme devint l’hypnose à une époque ou fleurissait les termes médicaux en « ose », tels que névrose, psychose.

Aujourd’hui : nouvelle Hypnose et hypnose ericksonienne

Les développements considérables de l’anesthésie et de la psychanalyse se sont accompagnés d’un recul de l’utilisation de l’hypnose au sein du monde médical.
Il faut attendre le milieu des années 1950 pour observer une résurgence de l’hypnose à la suite du travail du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980).
À la même époque, la recherche en hypnose a connu un renouveau avec le travail pionnier de Clark Hull (1884-1952) et la mise au point d’échelle d’hypnotisabilité par Ernest Hilgard (1904-2001) et André Weitzenhoffer (1921-2005) qui permirent aux chercheurs de comparer leurs travaux.
Le développement de l’imagerie cérébrale au cours des années 1980-2000 permit de mieux comprendre les effets de l’hypnose et de la suggestion au niveau cérébral. Malgré ces avancées, il n’y a pas encore de « signature de l’hypnose » et elle est loin d’avoir livré tous ses secrets.

Avenir

L’hypnose fait face à de nombreux défis, notamment la nécessité de se démarquer des centaines d’autres méthodes d’interventions thérapeutiques. De plus, son utilisation s’étend au-delà du cercle, même élargi des professionnels de santé, concernant des professionnels sans compétence en santé.
Il est également nécessaire de prendre en compte l’émergence de nouveaux outils issus de la technologie tels que les applications internet, les casques de réalité virtuelle, les robots, les hologrammes, l’intelligence artificielle et la télésanté.
A cela s’ajoute l’élargissement de ses indications, par exemple auprès de sujets vulnérables, handicapés ou sujets atteints de démences, nécessitant d’envisager une réflexion éthique nouvelle.
Aucun de ces nouveaux outils n’est à rejeter a priori, mais chacun nécessitera une réflexion approfondie des professionnels de santé afin que leur utilisation soit judicieuse et que le principe primum non nocere (d’abord ne pas nuire) puisse continuer à s’appliquer.
Les organisations professionnelles, conseils de l’ordre, sociétés savantes, mais aussi les chercheurs auront un rôle crucial à jouer et la CFHTB (Confédération Francophone d’Hypnose et Thérapies Brèves) y prendra toute sa place.

Auteur : Gérard Fitoussi

Date : Novembre 2023

Bibliographie

Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard, 1994.
Gérard Fitoussi, Dictionnaire encyclopédique d’hypnose, Sucy-en-Brie, Anfortas, 2021.
Alan Gauld, A history of hypnotism, Cambridge : Cambridge University Press, 1992.
Inserm, J. Gueguen, C. Barry, C. Hassler, B. Falissard, Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, Paris, Inserm, Juin 2015.